Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/545

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cœur qui lui étoit dû ? Qui lui pourra rendre une femme estimable ? Qui lui donnera le repos, & la sûreté ? Qui le guérira de ses justes soupçons ? Qui fera confier un pere au sentiment de la nature en embrassant son propre enfant ?

À l’égard des liaisons prétendues que l’adultere, & l’infidélité peuvent former entre les familles, c’est moins une raison sérieuse qu’une plaisanterie absurde, & brutale qui ne mérite pour toute réponse que le mépris, & l’indignation. Les trahisons, les querelles, les combats, les meurtres, les empoisonnements, dont ce désordre a couvert la terre dans tous les temps, montrent assez ce qu’on doit attendre pour le repos, & l’union des hommes d’un attachement formé par le crime. S’il résulte quelque sorte de société de ce vil, & méprisable commerce, elle est semblable à celle des brigands, qu’il faut détruire, & anéantir pour assurer les sociétés légitimes.

J’ai tâché de suspendre l’indignation que m’inspirent ces maximes pour les discuter paisiblement avec vous. Plus je les trouve insensées, moins je dois dédaigner de les réfuter, pour me faire honte à moi-même de les avoir peut-être écoutées avec trop peu d’éloignement. Vous voyez combien elles supportent mal l’examen de la saine raison. Mais où chercher la saine raison, sinon dans celui qui en est la source, & que penser de ceux qui consacrent à perdre les hommes ce flambeau divin qu’il leur donna pour les guider ? Défions-nous d’une philosophie en paroles ; défions-nous d’une fausse vertu qui sape toutes les vertus, & s’applique à justifier tous les vices pour s’autoriser à les avoir tous. Le meilleur moyen de trouver ce qui est bien est de le chercher