Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/68

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sort ; dites quelle est votre volonté. Quoi que vous puissiez me prescrire, je ne saurai qu’obéir. M’imposez-vous un silence éternel ? Je saurai me contraindre à le garder. Me bannissez-vous de votre présence ? Je jure que vous ne me verrez plus. M’ordonnez-vous de mourir ? Ah ! ce ne sera pas le plus difficile.Il n’y a point d’ordre auquel je ne souscrive, hors celui de ne vous plus aimer : encore obéirois-je en cela même, s’il m’étoit possible.

Cent fois le jour je suis tenté de me jetter à vos pieds, de les arroser de mes pleurs, d’y obtenir la mort ou mon pardon. Toujours un effroi mortel glace mon courage ; mes genoux tremblent & n’osent fléchir ; la parole expire sur mes levres, & mon ame ne trouve aucune assurance contre la frayeur de vous irriter.

Est-il au monde un état plus affreux que le mien ? Mon cœur sent trop combien il est coupable & ne sauroit cesser de l’être ; le crime & le remords l’agitent de concert, & sans savoir quel sera mon destin, je flotte dans un doute insupportable entre l’espoir de la clémence & la crainte du châtiment.

Mais non, je n’espere rien, je n’ai droit de rien espérer. La seule grâce que j’attends de vous est de hâter mon supplice. Contentez une juste vengeance. Est-ce être assez malheureux que de me voir réduit à la solliciter moi-même ? Punissez-moi, vous le devez ; mais si vous n’êtes impitoyable, quittez cet air froid & mécontent qui me met au désespoir : quand on envoye un coupable à la mort, on ne lui montre plus de colere.