Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/131

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Fanchon a la quatrieme, comme inspectrice & pour y mener quelquefois mes enfans ; faveur dont on augmente le prix par l’extrême circonspection qu’on exige d’eux tandis qu’ils y sont. Gustin lui-même n’y entre jamais qu’avec un des quatre ; encore, passé deux mois de printemps où ses travaux sont utiles, n’y entre-t-il presque plus & tout le reste se fait entre nous.Ainsi, lui dis-je, de peur que vos oiseaux ne soient vos esclaves, vous vous êtes rendus les leurs.Voilà bien, reprit-elle, le propos d’un tyran, qui ne croit jouir de sa liberté qu’autant qu’il trouble celle des autres.

Comme nous partions pour nous en retourner, M. de Wolmar jeta une poignée d’orge dans le bassin & en y regardant j’appercus quelques petits poissons. Ah ! ah ! dis-je aussitôt, voici pourtant des prisonniers. Oui, dit-il, ce sont des prisonniers de guerre auxquels on a fait grâce de la vie. Sans doute, ajouta sa femme. Il y a quelque tems que Fanchon vola dans la cuisine des perchettes qu’elle apporta ici à mon insu. Je les y laisse, de peur de la mortifier si je les renvoyois au lac ; car il vaut encore mieux loger du poisson un peu à l’étroit que de fâcher un honnête personne.Vous avez raison, répondis-je ; & celui-ci n’est pas trop à plaindre d’être échappé de la poêle à ce prix.

He bien ! que vous en semble ? me dit-elle en nous en retournant. Etes-vous encore au bout du monde ?Non, dis-je, m’en voici tout-à-fait dehors & vous m’avez en effet transporté dans l’Elysée.Le nom pompeux qu’elle a donné à ce verger, dit M. de Wolmar, mérite bien cette