Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/132

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raillerie. Louez modestement des jeux d’enfant & songez qu’ils n’ont jamais rien pris sur les soins de la mere de famille. Je le sais, repris-je, j’en suis tres sûr ; & les jeux d’enfant me plaisent plus en ce genre que les travaux des hommes.

Il y a pourtant ici, continuai-je, une chose que je ne puis comprendre ; c’est qu’un lieu si différent de ce qu’il étoit ne peut être devenu ce qu’il est qu’avec de la culture, & du soin : cependant je ne vois nulle part la moindre trace de culture ; tout est verdoyant, frais, vigoureux & la main du jardinier ne se montre point ; rien ne dément l’idée d’une île déserte qui m’est venue en entrant & je n’apperçois aucun pas d’hommes.Ah ! dit M. de Wolmar, c’est qu’on a pris grand soin de les effacer. J’ai été souvent témoin, quelquefois complice de la friponnerie. On fait semer du foin sur tous les endroits labourés & l’herbe cache bientôt les vestiges du travail ; on fait couvrir l’hiver de quelques couches d’engrais les lieux maigres & arides ; l’engrais mange la mousse, ranime l’herbe & les plantes ; les arbres eux-mêmes ne s’en trouvent pas plus mal & l’été il n’y paroit plus. À l’égard de la mousse qui couvre quelques allées, c’est Milord Edouard qui nous a envoyé d’Angleterre le secret pour la faire naître. Ces deux côtés, continua-t-il, étoient fermés par des murs ; les murs ont été masqués, non par des espaliers, mais par d’épais arbrisseaux qui font prendre les bornes du lieu pour le commencement d’un bois. Des deux autres côtés regnent de fortes haies vives, bien garnies d’érable, d’aubépine, de houx,