Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/158

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Avec tant de sujet de me mépriser, c’est sans doute à cet art que je dois son indulgence.

Tu ne vois point encore ici de conseil à donner : patience, mon ange, nous y voici ; mais la conversation que je viens de te rendre étoit nécessaire à l’éclaircissement du reste.

En nous en retournant, mon mari, qui depuis long-tems est attendu à Etange, m’a dit qu’il comptoit partir demain pour s’y rendre, qu’il te verroit en passant & qu’il y resteroit cinq ou six jours. Sans dire tout ce que je pensois d’un départ aussi déplacé, j’ai représenté qu’il ne me paraissoit pas assez indispensable pour obliger M. de Wolmar à quitter un hôte qu’il avoit lui-même appelé dans sa maison. Voulez-vous, a-t-il répliqué, que je lui fasse mes honneurs pour l’avertir qu’il n’est pas chez lui ? Je suis pour l’hospitalité des Valaisans. J’espere qu’il trouve ici leur franchise & qu’il nous laisse leur liberté. Voyant qu’il ne vouloit pas m’entendre, j’ai pris un autre tour & tâché d’engager notre hôte à faire ce voyage avec lui. Vous trouverez, lui ai-je dit, un séjour qui a ses beautés & même de celles que vous aimez ; vous visiterez le patrimoine de mes peres & le mien : l’intérêt que vous prenez à moi ne me permet pas de croire que cette vue vous soit indifférente. J’avois la bouche ouverte pour ajouter que ce château ressembloit à celui de Milord Edouard, qui… mais heureusement j’ai eu le tems de me mordre la langue. Il m’a répondu tout simplement que j’avois raison & qu’il feroit ce qu’il me plairait. Mais M. de Wolmar, qui sembloit vouloir me pousser à bout, a répliqué qu’il devoit faire ce qui lui