Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/180

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pas que vous lui en fassiez un mystere. J’ai pour maxime de ne point interposer de secrets entre les amis : ainsi je remets ceux-ci à votre discrétion ; faites-en l’usage que la prudence & l’amitié vous inspireront : je sais que vous ne ferez rien que pour le mieux & le plus honnête.

LETTRE XV. DE SAINT PREUX À MILORD EDOUARD.

M. de Wolmar partit hier pour Etange & j’ai peine à concevoir l’état de tristesse où m’a laissé son départ. Je crois que l’éloignement de sa femme m’affligeroit moins que le sien. Je me sens plus contraint qu’en sa présence même : un morne silence regne au fond de mon cœur ; un effroi secret en étouffe le murmure ; & moins troublé de désirs que de craintes, j’éprouve les terreurs du crime sans en avoir les tentations.

Savez-vous, milord, où mon ame se rassure & perd ces indignes frayeurs ? Auprès de Madame de Wolmar. Sitôt que j’approche d’elle, sa vue apaise mon trouble, ses regards épurent mon cœur. Tel est l’ascendant du sien, qu’il semble toujours inspirer aux autres le sentiment de son innocence & le repos qui en est l’effet. Malheureusement pour moi, sa regle de vie ne la livre pas toute la journée à la société de ses amis & dans les momens que je suis