Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/25

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ne songeai qu’à mettre le partage de ma fille en effets assurés & à l’abri de tout proces. Tu sais que j’ai des fantaisies sur bien des choses : ma folie dans celle-ci étoit de te surprendre. Je m’étois mise en tête d’entrer un beau matin dans ta chambre, tenant d’une main mon enfant, de l’autre un porte-feuille & de te présenter l’un & l’autre avec un beau compliment pour déposer en tes mains la mere, la fille & leur bien, c’est-à-dire la dot de celle-ci. Gouverne-la, voulois-je te dire, comme il convient aux intérêts de ton fils ; car c’est désormois son affaire & la tienne ; pour moi je ne m’en mêle plus.

Remplie de cette charmante idée, il falut m’en ouvrir à quelqu’’un qui m’aidât à l’exécuter. Or devine qui j’ai choisi pour cette confidence ? Un certain M. de Wolmar : ne le connoîtrois-tu point ? Mon mari, cousine ? Oui, ton mari, cousine. Ce même homme à qui tu as tant de peine à cacher un secret qu’il lui importe de ne pas savoir, est celui qui t’en a su faire un qu’il t’eût été si doux d’apprendre. C’étoit là le vrai sujet de tous ces entretiens mystérieux dont tu nous faisois si comiquement la guerre.Tu vois comme ils sont dissimulés, ces maris. N’est-il pas bien plaisant que ce soient eux qui nous accusent de dissimulation ? J’exigeois du tien davantage encore. Je voyois fort bien que tu méditois le même projet que moi, mais plus en dedans & comme celle qui n’exhale ses sentimens qu’à mesure qu’on s’y livre. Cherchant donc à te ménager une surprise plus agréable, je volois que quand tu lui proposerois notre réunion, il ne parût pas fort approuver cet empressement &