Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/300

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Ah ! dit-elle avec douleur, si l’infortuné fait son paradis en ce monde, rendons-le-lui au moins aussi doux qu’il est possible [1].

Le voile de tristesse dont cette opposition de sentimens couvre leur union prouve mieux que toute autre chose l’invincible ascendant de Julie, par les consolations dont cette tristesse est mêlée & qu’elle seule au monde étoit peut-être capable d’y joindre. Tous leurs démêlés, toutes leurs disputes sur ce point important, loin de se tourner en aigreur, en mépris, en querelles, finissent toujours par quelque scene attendrissante, qui ne fait que les rendre plus chers l’un à l’autre.

Hier, l’entretien s’étant fixé sur ce texte, qui revient souvent quand nous ne sommes que trois, nous tombâmes sur l’origine du mal ; & je m’efforçois de montrer que non seulement il n’y avoit point de mal absolu & général dans le systeme des êtres, mais que même les maux particuliers étoient beaucoup moindres qu’ils ne le semblent au premier coup d’œil & qu’à tout prendre ils étoient surpassés de beaucoup par les biens particuliers & individuels. Je citois à M. de Wolmar son propre exemple ; & pénétré du bonheur de sa situation, je la peignois avec des traits si vrais qu’il en parut ému lui-même. Voilà, dit-il en m’interrompant,

  1. Combien ce sentiment plein d’humanité n’est-il pas plus naturel que le zele affreux des perfécuteurs, toujours occupés à tourmenter les incrédules, comme pour les damner des cette vie & se faire les précurseurs des démons ? Je ne cesserai jamais de le redire ; c’est que ces perfécuteurs là ne sont point des croyans ; ce sont des fourbes.