Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/302

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ne s’occupe qu’à des soins utiles. Encore moins, dit-il froidement ; venez, venez, vous verrez si j’ai bien deviné.

Il se mit à marcher doucement ; je le suivis sur la pointe du pied. Nous arrivâmes à la porte du cabinet : elle étoit fermée ; il l’ouvrit brusquement. Milord, quel spectacle ! Je vis Julie à genoux, les mains jointes & tout en larmes. Elle se leve avec précipitation, s’essuyant les yeux, se cachant le visage & cherchant à s’échapper. On ne vit jamais une honte pareille. Son mari ne lui laissa pas le tems de fuir. Il courut à elle dans une espece de transport. chére épouse, lui dit-il en l’embrassant, l’ardeur même de tes vœux trahit ta cause. Que leur manque-t-il pour être efficaces ? Va, s’ils étoient entendus, ils seroient bientôt exaucés. - Ils le seront, lui dit-elle d’un ton ferme & persuadé ; j’en ignore l’heure & l’occasion. Puissé-je l’acheter aux dépens de ma vie ! mon dernier jour seroit le mieux employé.

Venez, milord, quittez vos malheureux combats, venez remplir un devoir plus noble. Le sage préfere-t-il l’honneur de tuer des hommes aux soins qui peuvent en sauver un [1] ?

  1. Il y avoit ici une grande lettre de Milord Edourd à Julie. Dans la suite il sera parlé de cette lettre, mais pour de bonnes raisons j’ai été forcé de la supprimer.