Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/303

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LETTRE VI. DE SAINT PREUX À MILORD EDOUARD.

Quoi ! même après la séparation de l’armée, encore un voyage à Paris ! Oubliez-vous donc tout-à-fait Clarens & celle qui l’habite ? Nous êtes-vous moins cher qu’à Milord Hyde ? Etes-vous plus nécessaire à cet ami qu’à ceux qui vous attendent ici ? Vous nous forcez à faire des vœux opposés aux vôtres & vous me faites souhaiter d’avoir du crédit à la cour de France pour vous empêcher d’obtenir les passe-ports que vous en attendez. Contentez-vous toutefois : allez voir votre digne compatriote. Malgré lui, malgré vous, nous serons vengés de cette préférence & quelque plaisir que vous goûtiez à vivre avec lui, je sais que quand vous serez avec nous, vous regretterez le tems que vous ne nous aurez pas donné.

En recevant votre lettre, j’avois d’abord soupçonné qu’une commission secrete… quel plus digne médiateur de paix !… Mais les Rois donnent-ils leur confiance à des hommes vertueux ! Osent-ils écouter la vérité ? Savent-ils même honorer le vrai mérite ?… Non, non, cher Edouard, vous n’êtes pas fait pour le ministere & je pense trop bien de vous pour croire que si vous n’étiez pas né Pair d’Angleterre, vous le fussiez jamais devenu.

Viens, ami, tu seras mieux à Clarens qu’à la Cour. Ô quel hiver nous allons passer tous ensemble, si l’espoir de