Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/318

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Dames sont sans airs, les paysannes sont décentes, les hommes badins & non grossiers. C’est à qui trouvera les meilleures chansons, à qui fera les meilleurs contes, à qui dira les meilleurs traits. L’union même engendre les folâtres querelles ; & l’on ne s’agace mutuellement que pour montrer combien on est sûr les uns des autres. On ne revient point ensuite faire chez soi les messieurs ; on passe aux vignes toute la journée : Julie y a fait une loge où l’on va se chauffer quand on a froid & dans laquelle on se réfugie en cas de pluie. On dîne avec les paysans & à leur heure, aussi bien qu’on travaille avec eux. On mange avec appétit leur soupe un peu grossiere, mais bonne, saine & chargée d’excellens légumes. On ne ricane point orgueilleusement de leur air gauche & de leurs complimens rustauds ; pour les mettre à leur aise, on s’y prête sans affectation. Ces complaisances ne leur échappent pas, ils y sont sensibles ; & voyant qu’on veut bien sortir pour eux de sa place, ils s’en tiennent d’autant plus volontiers dans la leur. À dîner, on amene les enfans & ils passent le reste de la journée à la vigne. Avec quelle joie ces bons villageois les voyent arriver ! Ô bienheureux enfans ! disent-ils en les pressant dans leurs bras robustes, que le bon Dieu prolonge vos jours aux dépens des nôtres ! Ressemblez à vos pere & meres & soyez comme eux la bénédiction du pays ! Souvent en songeant que la plupart de ces hommes ont porté les armes & savent manier l’épée & le mousquet aussi bien que la serpette & la houe, en voyant Julie au milieu d’eux si charmante & si respectée recevoir, elle & ses enfans, leurs touchantes acclamations,