Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/339

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peut-être tant mieux pour vous ; car vous me savez assez alerte pour voir les gens sans qu’ils m’aperçoivent & assez maligne pour persifler les écouteurs.

LETTRE XI. DE M. DE WOLMAR À SAINT PREUX.

J’écris à Milord Edouard & je lui parle de vous si au long qu’il ne me reste en vous écrivant à vous-même qu’à vous renvoyer à sa lettre. La vôtre exigeroit peut-être de ma part un retour d’honnêtetés ; mais vous appeler dans ma famille, vous traiter en frere, en ami, faire votre sœur de celle qui fut votre amante, vous remettre l’autorité paternelle sur mes enfans, vous confier mes droits après avoir usurpé les vôtres ; voilà les complimens dont je vous ai cru digne. De votre part, si vous justifiez ma conduite & mes soins, vous m’aurez assez loué. J’ai tâché de vous honorer par mon estime ; honorez-moi par vos vertus. Tout autre éloge doit être banni d’entre nous.

Loin d’être surpris de vous voir frappé d’un songe, je ne vois pas trop pourquoi vous vous reprochez de l’avoir été. Il me semble que pour un homme à systemes ce n’est pas une si grande affaire qu’un rêve de plus.

Mais ce que je vous reprocherois volontiers, c’est moins l’effet