Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/404

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pas mille fois le jour le prix des combats qu’elle nous a coûtés ? Se voir, s’aimer, le sentir, s’en féliciter, passer les jours ensemble dans la familiarité fraternelle & dans la paix de l’innocence, s’occuper l’un de l’autre, y penser sans remords, en parler sans rougir & s’honorer à ses propres yeux du même attachement qu’on s’est si long-tems reproché ; voilà le point où nous en sommes. Ô ami, quelle carriere d’honneur nous avons déjà parcourue ! Osons nous en glorifier pour savoir nous y maintenir & l’achever comme nous l’avons commencée.

À qui devons-nous un bonheur si rare ? Vous le savez. J’ai vu votre cœur sensible, plein des bienfaits du meilleur des hommes, aimer à s’en pénétrer. & comment nous seraient-ils à charge, à vous & à moi ? Ils ne nous imposent point de nouveaux devoirs ; ils ne font que nous rendre plus chers ceux qui nous étoient déjà si sacrés. Le seul moyen de reconnoître ses soins est d’en être dignes & tout leur prix est dans leur succes. Tenons-nous-en donc là dans l’effusion de notre zele. Payons de nos vertus celles de notre bienfaiteur ; voilà tout ce que nous lui devons. Il a fait assez pour nous & pour lui s’il nous a rendus à nous-mêmes. Absens ou présents, vivans ou morts, nous porterons partout un témoignage qui ne sera perdu pour aucun des trois.

Je faisais ces réflexions en moi-même, quand mon mari vous destinoit l’éducation de ses enfans. Quand Milord Edouard m’annonça son prochain retour & le vôtre,