Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/435

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lisez leurs livres. Je n’ai jamais blâmé votre goût pour les écrits du bon Fénelon : mais que faites-vous de ceux de sa disciple ? Vous lisez Muralt : je le lis aussi ; mais je choisis ses Lettres et vous choisissez son Instinct divin. Voyez comment il a fini, déplorez les égarements de cet homme sage et songez à vous. Femme pieuse, et chrétienne, allez-vous n’être plus qu’une dévote ?

Chère et respectable amie, je reçois vos avis avec la docilité d’un enfant et vous donne les miens avec le zèle d’un père. Depuis que la vertu, loin de rompre nos liens, les a rendus indissolubles, ses devoirs se confondent avec les droits de l’amitié. Les mêmes leçons nous conviennent, le même intérêt nous conduit. Jamais nos cœurs ne se parlent, jamais nos yeux ne se rencontrent, sans offrir à tous deux un objet d’honneur, et de gloire qui nous élève conjointement ; et la perfection de chacun de nous importera toujours à l’autre. Mais si les délibérations sont communes, la décision ne l’est pas ; elle appartient à vous seule. Ô vous qui fîtes toujours mon sort, ne cessez point d’en être l’arbitre ; pesez mes réflexions, prononcez : quoi que vous ordonniez de moi, je me soumets ; je serai digne au moins que vous ne cessiez pas de me conduire. Dussé-je ne vous plus revoir, vous me serez toujours présente, vous présiderez toujours à mes actions ; dussiez-vous m’ôter l’honneur d’élever vos enfants, vous ne m’ôterez point les vertus que je tiens de vous ; ce sont les enfants de votre âme, la

    excepté pourtant qu’il ne manque à ces derniers que d’être les maîtres, pour être plus et plus intolérants que leurs ennemis.