Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/441

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dévotion que vous me reprochez ; convenez du moins que tout le charme de la société qui régnoit entre nous est dans cette ouverture de cœur qui met en commun tous les sentimens, toutes les pensées & qui fait que chacun se sentant tel qu’il doit être se montre à tous tel qu’il est. Supposez un moment quelque intrigue secrete, quelque liaison qu’il faille cacher, quelque raison de réserve & de mystere ; à l’instant tout le plaisir de se voir s’évanouit, on est contraint l’un devant l’autre, on cherche à se dérober, quand on se rassemble on voudroit se fuir ; la circonspection ; la bienséance, amenent la défiance & le dégoût. Le moyen d’aimer long-tems ceux qu’on craint ! On se devient importun l’un à l’autre… Julie importune ! … importune à son ami !… non ; non, cela ne sauroit être ; on n’a jamais de maux à craindre que ceux qu’on peut supporter.

En vous exposant naÏvement mes scrupules, je n’ai point prétendu changer vos résolutions, mais les éclairer, de peur que, prenant un parti dont nous n’auriez pas prévu toutes les suites, vous n’eussiez peut-être à vous en repentir quand vous n’oseriez plus vous en dédire. À l’égard des craintes que M. de Wolmar n’a pas eues, ce n’est pas à lui de les avoir, c’est à vous : nul n’est juge du danger qui vient de vous que vous-même. Réfléchissez-y bien, puis dites-moi qu’il n’existe pas & je n’y pense plus : car je connois votre droiture & ce n’est pas de vos intentions que je me défie. Si votre cœur est capable d’une faute imprévue, tres sûrement le mal prémédité n’en approcha