Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/463

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infortunés m’est refusé dans ma misere ; je suis plus malheureux que vous.

Ce n’est point de sa maladie, c’est d’elle que je veux vous parler. D’autres meres peuvent se jetter après leur enfant : l’accident, la fievre, la mort sont de la nature : c’est le sort commun des mortels ; mais l’emploi de ses derniers momens, ses discours, ses sentimens, son ame, tout cela n’appartient qu’à Julie. Elle n’a point vécu comme une autre : personne, que je sache, n’est mort comme elle. Voilà ce que j’ai pu seul observer & que vous n’apprendrez que de moi.

Vous savez que l’effroi, l’émotion, la chute, l’évacuation de l’eau lui laisserent une longue foiblesse dont elle ne revint tout-à-fait qu’ici. En arrivant, elle redemanda son fils, il vint ; à peine le vit-elle marcher & répondre à ses caresses qu’elle devint tout-à-fait tranquille & consentit à prendre un peu de repos. Son sommeil fut court & comme le Médecin n’arrivoit point encore, en l’attendant elle nous fit asseoir autour de son lit, la Fanchon, sa cousine & moi. Elle nous parla de ses enfans, des soins assidus qu’exigeoit auprès d’eux la forme d’éducation qu’elle avoit prise & du danger de les négliger un moment. Sans donner une grande importance à sa maladie, elle prévoyoit qu’elle l’empêcheroit quelque tems de remplir sa part des mêmes soins & nous chargeoit tous de répartir cette part sur les nôtres.

Elle s’étendit sur tous ses projets, sur les vôtres, sur les moyens les plus propres à les faire réussir, sur les observations