Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/490

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Je n’ai pas besoin, je crois, de vous dire qui étoit cet homme. Sa présence rappela bien des souvenirs. Mais tandis que Julie le consoloit & lui donnoit de bonnes espérances, elle fut saisie d’un violent étouffement & se trouva si mal qu’on crut qu’elle alloit expirer. Pour ne pas faire scene & prévenir les distractions dans un moment où il ne faloit songer qu’à la secourir, je fis passer l’homme dans le cabinet, l’avertissant de le fermer sur lui. La Fanchon fut appelée & à force de tems & de soins la malade revint enfin de sa pâmoison. En nous voyant tous consternés autour d’elle, elle nous dit : Mes enfans, ce n’est qu’un essai ; cela n’est pas si cruel qu’on pense.

Le calme se rétablit ; mais l’alarme avoit été si chaude qu’elle me fit oublier l’homme dans le cabinet ; & quand Julie me demanda tout bas ce qu’il étoit devenu, le couvert étoit mis, tout le monde étoit là. Je voulus entrer pour lui parler ; mais il avoit fermé la porte en dedans, comme je le lui avois dit ; il falut attendre après le dîner pour le faire sortir.

Durant le repas, du Bosson, qui s’y trouvait, parlant d’une jeune veuve qu’on disoit se remarier, ajouta quelque chose sur le triste sort des veuves. Il y en a, dis-je, de bien plus à plaindre encore, ce sont les veuves dont les maris sont vivants. - Cela est vrai, reprit Fanchon qui vit que ce discours s’adressoit à elle, sur-tout quand ils leur sont chers. Alors l’entretien tomba sur le sien ; & comme elle en avoit parlé avec affection dans tous les tems, il étoit naturel qu’elle en parlât de même au moment où la perte de sa