Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/117

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Si la raison & la Révélation étoient opposées l’une a l’autre, il est constant, dites-vous, que Dieu seroit en contradiction avec lui-même. *

[*Ibid. XXI.] Voilà un grand aveu que vous nous faites là : car il est sûr que Dieu ne se contredit point. Vous dites, ô impies, que les vérités éternelles : mais il ne suffit pas de le dire. J’en conviens ; tâchons de faire plus.

Je suis sûr que vous pressentez d’avance où j’en vais venir. On voit que vous passez sur cet article des mysteres comme sur des charbons ardents ; vous osez à peine y poser le pied. Vous me forcez pourtant à vous arrêter un moment dans cette situation douloureuse. J’aurai la discrétion de rendre ce moment le plus court qu’il se pourra.

Vous conviendrez bien, je pense, qu’une de ces vérités éternelles qui servent d’éléments à la raison, est que la partie est moindre que le tout ; & c’est pour avoir affirmé le contraire, que l’Inspiré vous paroît tenir un Discours plein d’ineptie. Or selon votre doctrine de la transsubstantiation, lorsque Jésus fit la derniere Cene avec ses disciples, & qu’ayant rompu le pain il donna son corps à chacun d’eux, il est clair qu’il tint son corps entier dans sa main ; &, s’il mangea lui-même du pain consacré, comme il put le faire, il mit sa tête dans sa bouche.

Voilà donc bien clairement, bien précisément, la partie plus grande que le tout, & le contenant moindre que le contenu. Que dites-vous à cela, Monseigneur ? Pour moi,