Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/134

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


attaqués ne peuvent plus demeurer en doute ; il faut qu’ils soient reconnus ou anéantis, & c’est leur évidence qui les met en péril. Il ne faloit pas approcher le flambeau durant l’orage ; mais aujourd’hui le feu est à la maison.

Quoiqu’il ne s’agisse plus de mes intérêts, mon honneur me rend toujours partie dans cette affaire ; vous le savez, & vous me consultez toutefois comme un homme neutre ; vous supposez que le préjugé ne m’aveuglera point, & que la passion ne me rendra point injuste : je l’espère aussi ; mais dans des circonstances si délicates, qui peut répondre de soi ? Je sens qu’il m’est impossible de m’oublier dans une querelle dont je suis le sujet, & qui a mes malheurs pour première cause. Que ferai-je donc, Monsieur, pour répondre à votre confiance & justifier votre estime autant qu’il est en moi ? Le voici. Dans la juste défiance de moi-même, je vous dirai moins mon avis que mes raisons : vous les peserez, vous comparerez, & vous choisirez. Faites plus ; défiez-vous toujours, non de mes intentions, Dieu le soit, elles sont pures, mais de mon jugement. L’homme le plus juste, quand il est ulcéré, voit rarement les choses comme elles sont. Je ne veux sûrement pas vous tromper, mais je puis me tromper ; je le pourrois en toute autre chose, & cela doit arriver ici plus probablement. Tenez-vous donc sur vos gardes, & quand je n’aurai pas dix fois raison, ne me l’accordez pas une.

Voilà, Monsieur, la précaution que vous devez prendre, & voici celle que je veux prendre à mon tour. Je commencerai par vous parler de moi, de mes griefs, des durs procédés de vos Magistrats ; quand cela sera fait, & que j’aurai bien soulagé