Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/140

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Un homme n’est pas coupable pour nuire en voulant servir ; & si l’on poursuivoit criminellement un Auteur pour des fautes d’ignorance ou d’inadvertance, pour de mauvaises maximes qu’on pourroit tirer de ses écrits très-conséquemment mais contre son gré, quel Ecrivain pourroit se mettre à l’abri des poursuites ? Il faudroit être inspiré du Saint-Esprit pour se faire Auteur, & n’avoir que des gens inspirés du Saint-Esprit pour juges.

Si l’on ne m’impute que de pareilles fautes, je ne m’en défends pas plus que des simples erreurs. Je ne puis affirmer n’en avoir point commis de telles, parce que je ne suis pas un Ange ; mais ces fautes, qu’on prétend trouver dans mes Ecrits peuvent fort bien n’y pas être, parce que ceux qui les y trouvent ne sont pas des Anges non plus. Hommes & sujets à l’erreur ainsi que moi, sur quoi prétendent-ils que leur raison soit l’arbitre de la mienne, & que je sois punissable pour n’avoir pas pensé comme eux ?

Le Public est donc aussi le juge de semblables fautes ; son blâme en est le seul châtiment. Nul ne peut se soustraire à ce Juge, & quant à moi je n’en appelle pas. Il est vrai que si le Magistrat trouve ces fautes nuisibles, il peut défendre le Livre qui les contient ; mais, je le répète, il ne peut punir pour cela l’Auteur qui les a commises, puisque ce seroit punir un délit qui petit être involontaire, & qu’on ne doit punir dans le mal que la volonté. Ainsi ce n’est point encore-là ce dont il s’agit.

Mais il y a bien de la différence entre un Livre qui contient des erreurs nuisibles, & un Livre pernicieux. Des principes