Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/146

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mon Christianisme, montrent seulement l’espèce du leur ; & la seule chose qu’ils ont prouvée est, qu’eux & moi n’avons pas la même Religion. Voilà précisément ce qui les fâche : on sent que le mal prétendu les aigrit moins que le bien même. Ce bien, qu’ils sont forcés de trouver dans mes Ecrits, les dépite & les gène ; réduits à le tourner en mal encore, ils sentent qu’ils se découvrent trop. Combien ils seroient plus à leur aise si ce bien n’y étoit pas !

Quand on ne me juge point sur ce que j’ai dit, mais sur ce qu’on assure que j’ai voulu dire, quand on cherche dans mes intentions le mal qui n’est pas dans mes Ecrits, que puis-je faire ? Ils démentent mes discours par mes pensées ; quand j’ai dit blanc, ils affirment que j’ai voulu dire noir ; ils se mettent à la place de Dieu pour faire l’œuvre du Diable ; comment dérober ma tête à des coups portés de si haut ?

Pour prouver que l’Auteur n’a point eu l’horrible intention qu’ils lui prêtent, je ne vois qu’un moyen ; c’est d’en juger sur l’ouvrage. Ah ! qu’on en juge ainsi, j’y consens ; mais cette tâche n’est pas la mienne, & un examen suivi sous ce point de vue, seroit de ma part une indignité. Non, Monsieur, il n’y a ni malheur, ni flétrissure qui puissent me réduire à cette abjection. Je croirois outrager l’Auteur, l’Editeur, le Lecteur même, par une justification d’autant plus honteuse qu’elle est plus facile ; c’est dégrader la vertu, que montrer qu’elle n’est pas un crime ; c’est obscurcir l’évidence, que prouver qu’elle est la vérité. Non, lisez & jugez vous-même. Malheur à vous, si, durant cette lecture, votre cœur ne bénit pas cent fois l’homme vertueux & ferme qui ose instruire ainsi les humains !