Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/158

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ce qui nous occupe uniquement d’une autre Patrie, nous attacheroit-il davantage à celle-ci ?

Les Religions nationales sont utiles à l’Etat comme parties de sa constitution, cela est incontestable ; mais elles sont nuisibles au Genre-humain, & même à l’Etat dans un autre sens : j’ai montré comment & pourquoi.

Le Christianisme, au contraire, rendant les hommes justes, modérés, amis de la paix, est très-avantageux à la société générale ; mais il énerve la force du ressort politique, il complique les mouvemens de la machine, il rompt l’unité du corps moral ; & ne lui étant pas assez approprié, il faut qu’il dégénère, ou qu’il demeure une pièce étrangère & embarrassante.

Voilà donc un préjudice & des inconvéniens des deux côtés, relativement au corps politique. Cependant il importe que l’Etat ne soit pas sans Religion, & cela importe par des raisons graves, sur lesquelles j’ai par-tout fortement insisté : mais il vaudroit mieux encore n’en point avoir, que d’en avoir une barbare & persécutante, qui, tyrannisant les Loix mêmes, contrarieroit les devoirs du Citoyen. On diroit que tout ce qui s’est passé dans Geneve à mon égard, n’est fait que pour établir ce Chapitre en exemple, pour prouver par ma propre histoire que j’ai très-bien raisonné.

Que doit faire un sage Législateur dans cette alternative ? De deux choses l’une. La première, d’établir une Religion purement civile, dans laquelle, renfermant les dogmes fondamentaux de toute bonne Religion, tous les dogmes vraiment utiles à la société, soit universelle, soit particulière, il omette