Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/163

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toutes les erreurs, toutes les propositions équivoques, suspectes, ou inconsidérées, toutes les inconséquences qui peuvent échapper dans le détail a un Auteur surchargé de sa matière, accablé des nombreuses idées qu’elle lui suggere, distroit des unes par les autres, & qui peut à peine assembler dans sa tête toutes les parties de son vaste plan ? s’il étoit permis de faire un amas de toutes ses fautes, de les aggraver les unes par les autres, en rapprochant ce qui est épars, en liant ce qui est isolé ; puis, taisant la multitude de choses bonnes & louables qui les démentent, qui les expliquent, qui les rachetent, qui montrent le vrai but de l’Auteur, de donner cet affreux recueil pour celui de ses principes, d’avancer que c’est-là le résumé de ses vrais sentimens, & de le juger sur un pareil extrait ? Dans quelle désert faudroit-il fuir, dans quel antre faudroit-il se cacher pour échapper aux poursuites de pareils hommes, qui, sous l’apparence du mal, puniroient le bien, qui compteroient pour rien le cœur, les intentions, la droiture par-tout évidente, & traiteroient la faute la plus légere & la plus involontaire comme le crime d’un scélérat ? Y a-t-il un seul Livre au monde, quelque vrai, quelque bon, quelque excellent qu’il puisse être, qui pût échapper à cette infâme inquisition ? Non, Monsieur, il n’y en a pas un, pas un seul, non pas l’Evangile même : car le mal qui n’y seroit pas, ils s auroient l’y mettre par leurs extraits infidèles, par leurs fausses interprétations.

Nous vous désérons, oseroient-ils dire, un Livre scandaleux, téméraire, impie, dont la morale est d’enrichir le