Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/187

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l’Ecriture à votre fantaisie, & vous prétendez nous ôter la même liberté. Vous vous arrogez a vous seuls un droit que vous refusez & a chacun de nous, & à nous tous qui composons l’Eglise. Quel titre avez vous donc pour soumettre ainsi nos jugemens communs à votre esprit particulier ? Quelle insupportable suffisance de prétendre avoir toujours raison, & raison seuls contre tout le monde, sans vouloir laisser dans leurs sentiment ceux qui ne sont pas du vôtre, & qui pensent avoir raison aussi !*

[* Quel homme, par exemple, fut jamais plus tranchant, plus impérieux, plus décisif, plus divinement infaillible à son gré, que Calvin, pour qui la moindre opposition, la moindre objection qu’on osoit lui faire, étoit toujours une œuvre de satan, un crime digne du feu ? Ce n’est pas au seul Servet qu’il en a coûté la vie pour avoir osé pense autrement que lui. ] Les distinctions dont vous nous payez seroient tout au plus tolérables si vous disiez simplement votre avis, & que vous en restassiez-là ; mais point. Vous nous faites une guerre ouverte ; vous soufflez le feu de toutes parts. Résister à vos leçons, c’est être rebelle, idolâtre, digne de l’enfer. Vous voulez absolument convertir, convaincre, contraindre même. Vous dogmatisez, vous prêchez, vous censurez, vous anathématisez, vous excommuniez, vous punissez, vous mettez à mort : vous exercez l’autorité des Prophetes, & vous ne vous donnez que pour des Particuliers.