Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/261

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me choque ; & pourtant l’Auteur me paroît homme d’esprit : ainsi, dans ce résumé, je penche à croire que je me trompe, sans qu’il me soit possible de voir en quoi. Comparez donc vous-mêmes les pages 14, 22, 30, & vous verrez si j’ai tort ou raison.

Quoi qu’il en soit, en attendant que l’Auteur nous montre ces autres Loix où les préceptes de la Philosophie & de la Politique sont réprouvés, reprenons l’examen de ses objections contre celle-ci.

Premierement, loin que, de peur de laisser un délit impuni, il soit permis dans une République au Magistrat d’aggraver la Loi, il ne lui est pas même permis de l’étendre aux délits sur lesquels elle n’est pas formelle ; & l’on soit combien de coupables échappent en Angleterre, à la faveur de la moindre distinction subtile dans les termes de la Loi. Quiconque est plus sévere que les Loix, dit Vauvenargue, est un tyran. *

[* Comme il n’y a point à Geneve de Loix pénales, proprement dites, le Magistrat inflige arbitrairement la peine des crimes ; ce qui est assurément un grand défaut dans la Législation, & un abus énorme dans un Etat libre. Mais cette autorité du Magistrat ne s’étend qu’aux crimes contre la Loi naturelle, & reconnus tels dans toute Société, ou aux choses spécialement défendues par la Loi positive ; elle ne va pas jusqu’à forger un délit imaginaire où il n’y en a point, ni, sur quelque délit que ce puisse être, jusqu’à renverser, de peur qu’un coupable n’échappe, l’ordre de la procédure fixé par la Loi. ]

Mais voyons si la conséquence de l’impunité, dans l’espece dont il s’agit, est si terrible que l’a faite l’Auteur des Lettres.