Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/273

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si ceux qui la rejettent ne le font que parce qu’ils raisonnent mal ?

Attaquer la Religion, est sans contredit un plus grand péché devant Dieu que d’attaquer la discipline. Il n’en est pas de même devant les Tribunaux humains, qui sont établis pour punir les crimes, non les péchés, & qui ne sont pas les vengeurs de Dieu, mais des Loix.

La Religion ne peut jamais faire partie de la Législation, qu’en ce qui concerne les actions des hommes. La Loi ordonne de faire ou de s’abstenir, mais elle ne peut ordonner de croire. Ainsi quiconque n’attaque point la pratique de la Religion n’attaque point la Loi.

Mais la discipline établie par la Loi fait essentiellement partie de la Législation, elle devient Loi elle-même. Quiconque l’attaque, attaque la Loi, & ne tend pas à moins qu’à troubler la constitution de l’Etat. Que cette constitution fût, avant d’être établie, susceptible de plusieurs formes & combinaisons différentes, en est-elle moins respectable & sacrée sous une de ces, formes, quand elle en est une fois revêtue à l’exclusion de toutes les autres ; & dès-lors la Loi politique n’est-elle pas constante & fixe, ainsi que la Loi divine ?

Ceux donc qui n’adopteroient pas en cette affaire la remarque des Représentans, auroient d’autant plus de tort que cette remarque fut faite par le Conseil, même dans la sentence contre le Livre de Morelli, qu’elle accuse sur-tout de tendre à faire schisme & trouble dans l’Etat, d’une maniere séditieuse ; imputation dont il seroit difficile de charger le mien.