Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/282

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voient cette imprudence, qui sent n’avoir rien à craindre de quiconque voudra procéder avec lui justement, & qui regarde comme une lâcheté punissable de publier des choses qu’on ne veut pas avouer.

S’il n’est question que de la réputation d’Auteur, a-t-on besoin de mettre son nom à son Livre ? Qui ne sait comment on s’y prend pour en avoir tout l’honneur sans rien risquer, pour s’en glorifier sans en répondre, pour prendre un air humble à force de vanité ? De quels Auteurs d’une certaine volée, ce petit tour d’adresse est-il ignoré ? Qui d’entre eux ne soit qu’il est même au-dessous de la dignité de se nommer, comme si chacun ne devoit pas, en lisant l’Ouvrage, deviner le grand homme qui l’a composé ?

Mais ces Messieurs n’ont vu que l’usage ordinaire ; &, loin de voir l’exception qui faisoit en ma faveur, ils l’ont fait servir contre moi. Ils devoient brûler le Livre sans faire mention de l’Auteur ; ou, s’ils en vouloient à l’Auteur, attendre qu’il fût présent ou contumax pour brûler le Livre. Mais point ; ils brûlent le Livre comme si l’Auteur n’étoit pas connu, & décretent l’Auteur comme si le Livre n’étoit pas brûlé. Me décréter après m’avoir diffamé ! Que me vouloient-ils donc encore ? que me réservoient-ils de pis dans la suite ? Ignoroient-ils que l’honneur d’un honnête homme lui est plus cher que la vie ? Quel mal reste-t-il à lui faire quand on a commencé par le flétrir ? Que me sert de me présenter innocent devant les Juges, quand le traitement qu’ils me font avant de m’entendre, est la plus cruelle peine qu’ils pourroient m’imposer si j’étois jugé criminel ?