Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/295

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tous au terme commun de l’humanité & de la raison ; loin d’exciter des querelles, c’étoit couper la racine à celles qui germent encore, & qui renaîtront infailliblement d’un jour à l’autre, lorsque le zele du fanatisme, qui n’est qu’assoupi, se réveillera : c’étoit, en un mot, dans ce siecle pacifique par indifférence, donner à chacun des raisons très-fortes d’être toujours ce qu’il est maintenant sans savoir pourquoi.

Que de maux tout prêts à renaître n’étoient point prévenus si l’on m’eût écouté ! Quels inconvéniens étoient attachés à cet avantage ? Pas un, non, pas un. Je défie qu’on m’en montre un seul probable & même possible, si ce n’est l’impunité des erreurs innocentes, & l’impuissance des persécuteurs. Eh ! comment se peut-il qu’apres tant de tristes expériences, & dans un siecle si éclairé, les Gouvernemens n’aient pas encore appris à jeter & briser cette arme terrible, qu’on ne peut manier avec tant d’adresse qu’elle ne coupe la main qui s’en veut servir ? L’abbé de Saint-Pierre vouloit qu’on ôtât les Ecoles de Théologie, & qu’on soutînt la Religion. Quel parti prendre pour parvenir sans bruit à ce double objet, qui, bien vu, se confond en un ? Le parti que j’avois pris.

Une circonstance malheureuse, en arrêtant l’effet de mes bons desseins, a rassemblé sur ma tête tous les maux dont je voulois délivre r le Genre-humain. Renaîtra-t-il jamais un autre ami de la vérité que mon sort n’effraye pas ? je l’ignore. Qu’il soit plus sage, s’il a le même zele ; en sera-t-il plus heureux ? J’en doute. Le moment que j’avois saisi, puisqu’il est manqué, ne reviendra plus. Je souhaite de tout mon