Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/296

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cœur que le Parlement de Paris ne se repente pas un jour lui-même d’avoir remis dans la main de la superstition le poignard que j’en faisois tomber.

Mais laissons les lieux & les tems éloignés, & retournons à Geneve. C’est là que je veux vous ramener par une derniere observation, que vous êtes bien a portée de faire, & qui doit certainement vous frapper. Jettez les yeux sur ce qui se passe autour de vous. Quels sont ceux qui me poursuivent, quels sont ceux qui me défendent ? Voyez parmi les Représentans l’élite de vos Citoyens, Geneve en a-t-elle de plus estimables ? Je ne veux point parler de mes persécuteurs ; à Dieu ne plaise que je souille jamais ma plume & ma cause des traits de la satire ; je laisse sans regret cette arme à mes ennemis ; mais comparez & jugez vous-même. De quel côté sont les mœurs, les vertus, la solide piété, le plus vrai patriotisme ? Quoi ! J’offense les Loix, & leurs plus zélés défenseurs sont les miens ! J’attaque le Gouvernement, & les meilleurs Citoyens m’approuvent ! J’attaque la Religion, & j’ai pour moi ceux qui ont le plus de Religion ! Cette seule observation dit tout ; elle seule montre mon vrai crime, & le vrai sujet des mes disgrâces. Ceux qui me haissent & m’outragent, font mon éloge en dépit d’eux. Leur haine s’explique d’elle-même. Un Genevois peut-il s’y tromper ?