Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/306

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qu’il est brûlé ! N’est-il pas singulier que les Gouvernemens attaqués se taisent, & que le Gouvernement respecté sévisse ? Quoi le Magistrat de Geneve se fait le protecteur des autres Gouvernemens contre le sien même ! Il punit son propre Citoyen d’avoir préféré les Loix de son pays à toutes les autres ! Cela est-il concevable, & le croiriez-vous si vous ne l’eussiez vu ? Dans tout le reste de l’Europe quelqu’un s’est-il avisé de flétrir l’Ouvrage ? Non ; pas même l’Etat où il a été imprimé.*

[* Dans le fort des premieres clameurs, causées par les procédures de Paris & de Geneve, le Magistrat surpris défendit les deux Livres : mais sur son propre examen, ce sage Magistrat a bien changé de sentiment, sur-tout quant au Contrat Social.] Pas même la France, où les Magistrats sont là-dessus si sévères. Y a-t-on défendu le Livre ? Rien de semblable : on n’a pas laissé d’abord entrer l’édition de Hollande, mais on l’a contrefaite en France, & l’Ouvrage y court sans difficulté. C’étoit donc une affaire de commerce & non de police : on préféroit le profit du Libraire de France au profit du Libraire étranger. Voilà tout.

Le Contrat Social n’a été brûlé nulle part qu’à Geneve, où il n’a pas été imprimé ; le seul Magistrat de Geneve y a trouvé des principes destructifs de tous les Gouvernemens. À la vérité, ce Magistrat n’a point dit quels étoient ces principes ; en cela je crois qu’il a fort prudemment fait.

L’effet des défenses indiscretes est de n’être point observées & d’énerver la force de l’autorité. Mon Livre est dans les mains de tout le monde à Geneve ; & que n’est-il également dans tous les cœurs ! Lisez-le, Monsieur, ce Livre