Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/313

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l’incommodité de ce concours de tous à toute chose, force le Peuple Souverain de charger quelques-uns de ses membres d’exécuter ses volontés. Ces Officiers, après avoir rempli leur commission, en rendent compte, & rentrent dans la commune égalité. Peu-à-peu ces commissions deviennent fréquentes, enfin permanentes. Insensiblement il se forme un corps qui agit toujours. Un corps qui agit toujours ne peut pas rendre compte de chaque acte ; il ne rend plus compte que des principaux ; bientôt il vient à bout de n’en rendre d’aucun. Plus la puissance qui agit est active, plus elle énerve la puissance qui veut. La volonté d’hier est censée être aussi celle d’aujourd’hui ; au lieu que l’acte d’hier ne dispense pas d’agir d’hier ne dispense pas d’agir aujourd’hui. Enfin l’inaction de la puissance qui veut, la soumet à la puissance qui exécute : celle-ci rend peu-à-peu ses actions indépendantes, bientôt ses volontés : au lieu d’agir pour la puissance qui veut, elle agit sur elle. Il ne reste alors dans l’Etat qu’une puissance agissante, c’est l’exécutive. La puissance exécutive n’est que la force ; & où règne la seule force, l’Etat est dissous. Voilà, Monsieur, comment périssent à la fin tous les Etats Démocratiques.

Parcourez les annales du vôtre, depuis le tems où vos Syndics, simples Procureurs établis par la Communauté pour vaquer à telle ou telle affaire, lui rendoient compte de leur commission le chapeau bas, & rentroient à l’instant dans l’ordre des Particuliers, jusqu’à celui où ces mêmes Syndics, dédaignant les droits de Chefs & de Juges qu’ils tiennent de leur élection, leur préfèrent le pouvoir arbitraire d’un corps dont la Communauté n’élit point les membres, & qui s’établit