Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/321

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le droit de mettre des impôts. Avant d’avoir assez affermi leur puissance, ils voulurent abuser de ce droit. Au lieu de réserver ce coup pour le dernier, l’avidité le leur fit porter avant les autres, & précisément après une commotion qui n’étoit pas bien assoupie. Cette faute en attira de plus grandes, difficiles à réparer. Comment de si fins politiques ignoroient-ils une maxime aussi simple que celle qu’ils choquèrent en cette occasion ? Par tout pays le peuple ne s’apperçoit qu’on attente à sa liberté que lorsqu’on attente à sa bourse ; ce qu’aussi les usurpateurs adroits se gardent bien de faire, que tout le reste ne soit fait. Ils voulurent renverser cet ordre, & s’en trouverent mal.*

[*L’objet des impôts établis en 1716, étoit la dépense des nouvelles fortifications. Le plan de ces nouvelles fortifications étoit immense, & il a été exécuté en partie. De si vastes fortifications rendoient nécessaire une grosse garnison, & cette grosse garnison avoit pour but de tenir les Citoyens & Bourgeois sous le joug. On parvenoit par cette voie à former à leurs dépens les fers qu’on leur préparoit. Le projet étoit bien lié, mais il marchoit dans un ordre rétrograde. Aussi n’a-t-il pu réussir.] Les suites de cette affaire produisirent les mouvemens de 1734, & l’affreux complot qui en fut le fruit.

Ce fut une seconde faute pire que la première. Tous les avantages du tems sont pour eux ; ils se les ôtent dans les entreprises brusques, & mettent la machine dans le cas de se remonter tout d’un coup : c’est ce qui faillit arriver dans cette affaire. Les événemens qui précédèrent la Médiation, leur firent perdre un siècle, & produisirent un autre effet défavorable pour eux. Ce fut d’apprendre à l’Europe que cette Bourgeoisie qu’ils avoient voulu détruire, & qu’ils peignoient