Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/343

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données dans l’Article III, aux droits & attributions du Conseil général : car si le Conseil général décide que ces réserves & limitations ne borneront plus sa puissance, elles ne la borneront plus ; & quand tous les membres d’un Etat souverain règlent son pouvoir sur eux-mêmes, qui est-ce qui a droit de s’y opposer ? Les exclusions qu’on peut inférer de l’Article III ne signifient donc autre chose, sinon que le Conseil général se renferme dans leurs limites jusqu’à ce qu’il trouve à propos de les passer.

C’est ici l’une des contradictions dont j’ai parlé, & l’on en démêle aisément la cause. Il étoit d’ailleurs bien difficile aux Plénipotentiaires pleins des maximes de Gouvernemens tout différens, d’approfondir assez les vrais principes du vôtre. La Constitution démocratique a jusqu’à présent été mal examinée. Tous ceux qui en ont parlé, ou ne la connoissoient pas, ou y prenoient trop peu d’intérêt, ou avoient intérêt de la présenter sous un faux jour. Aucun d’eux n’a suffisamment distingué le Souverain du Gouvernement, la puissance législative de l’exécutive. Il n’y a point d’Etat où ces deux pouvoirs soient si séparés, & où l’on ait tant affecté de les confondre. Les uns s’imaginent qu’une Démocratie est un Gouvernement où tout le Peuple est Magistrat & Juge. D’autres ne voient la liberté que dans le droit d’élire ses Chefs, & n’étant soumis qu’à des Princes, croient que celui qui commande est toujours le Souverain. La Constitution démocratique est certainement le chef-d’œuvre de l’art politique : mais plus l’artifice en est admirable, moins il appartient à tous les yeux de le pénétrer. N’est-il pas vrai, Monsieur,