Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/357

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qu’alors toute la solemnité des Loix seroit vaine & ridicule, & que réellement l’Etat n’auroit point d’autre Loi que la volonté du petit Conseil, maître absolu de négliger, mépriser, violer, tourner à sa mode les règles qui lui seroient prescrites, & de prononcer noir où la Loi diroit blanc, sans en répondre à personne. À quoi bon rassembler solemnellement dans le temple de Saint Pierre, pour donner aux Edits une sanction sans effet ; pour dire au petit Conseil : Messieurs, voilà le Corps de Loix que nous établissons dans l’Etat, & dont nous vous rendons les dépositaires, pour vous y conformer quand vous le jugerez à propos, & pour le trangresser quand il vous plaira ?

Cela seroit contre la raison quant aux Représentations ; parce qu’alors le droit stipulé par un article exprès de I’Edit de 1707, & confirmé par un article exprès de I’Edit de 1738, seroit un droit illusoire & fallacieux, qui ne signifieroit que la liberté de se plaindre inutilement quand on est vexé ; liberté qui, n’ayant jamais été disputée à personne, est ridicule à établir par la Loi.

Enfin cela seroit indécent en ce que par une telle supposition la probité des Médiateurs seroit outragée, que ce seroit prendre vos Magistrats pour des fourbes & vos Bourgeois pour des dupes d’avoir négocié, traité, transigé avec tant d’appareil pour mettre une des Parties à l’entière discrétion de l’autre, & d’avoir compensé les concessions les plus fortes par des sûretés qui ne signifieroient rien.

Mais, disent ces Messieurs, les termes de l’Edit sont formels : Il ne sera rien porté au Conseil général qu’il n’ait