Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/388

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duire les Représentans ; pour les éconduire, il faut prouver qu’ils ont tort ; pour prouver qu’ils ont tort, il faut soutenir que je suis coupable, mais coupable à tel point, que, pour punir mon crime, il a falu déroger à la Loi.

Que les hommes frémiroient au premier mal qu’ils font, s’ils voyoient qu’ils se mettent dans la triste nécessité d’en toujours faire, d’être méchans toute leur vie pour avoir pu l’être un moment, & de poursuivre jusqu’à la mort le malheureux qu’ils ont une fois persécuté !

La question de la présidence des Syndics dans les Tribunaux criminels, se rapporte au second cas. Croyez-vous qu’au fond le Conseil s’embarrasse beaucoup que ce soient des Syndics ou des Conseillers qui président, depuis qu’il a fondu les droits des premiers dans tout le Corps ? Les Syndics, jadis choisis parmi tout le Peuple [1], ne l’étant plus que dans le Conseil, de chefs qu’ils étoient des autres Magistrats sont demeurés leurs collegues, & vous avez pu voir clairement dans cette affaire que vos Syndics, peu jaloux d’une autorité passagere, ne sont plus que des Conseillers. Mais on feint de traiter cette question comme importante, pour vous distraire de celle qui l’est véritablement, pour vous laisser croire encore que vos premiers Magistrats sont toujours élus par vous, & que leur puissance est toujours la même.

  1. (a) On poussoit si loin l’attention pour qu’il n’y eût dans ce choix ni exclusion ni préférence autre que celle du mérite, que par un Édit qui a été abrogé deux Syndics devoient toujours être pris dans le bas de la ville & deux dans le haut.