Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/392

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volonté une Loi particulière, est bien plus commode que de suivre des Loix générales, quand même on en seroit soi-même l’Auteur. Mais d’empêcher que tout le monde indistinctement ne puisse mettre en mouvement la puissance qui fait les Loix. Il faloit dire, au lieu de cela : mais d’empêcher que qui que ce soit ne puisse protéger les Loix contre la puissance qui les subjugue.

Qui ne donnant pas la facilité d’innover…. Pourquoi non ? Qui est-ce qui peut empêcher d’innover celui qui a la force en main, & qui n’est obligé de rendre compte de sa conduite personne ? Mais le pouvoir d’empêcher les innovations. Disons mieux : le pouvoir d’empêcher qu’on ne s’oppose aux innovations.

C’est ici, Monsieur, le sophisme le plus subtil, & qui revient le plus souvent dans l’écrit que j’examine. Celui qui a la puissance exécutive n’a jamais besoin d’innover par des actions d’éclat. Il n’a jamais besoin de constater cette innovation par des actes solemnels. Il lui suffit, dans l’exercice continu de sa puissance, de plier peu-à-peu chaque chose à sa volonté, & cela ne fait jamais une sensation bien forte.

Ceux, au contraire, qui ont l’œil assez attentif & l’esprit assez pénétrant pour remarquer ce progrès & pour en prévoir la conséquence, n’ont, pour l’arrêter, qu’un de ces deux partis à prendre ; ou de s’opposer d’abord à la première innovation qui n’est jamais qu’une bagatelle, & alors on les traite de gens inquiets, brouillons, pointilleux, toujours prêts à chercher querelle ; ou bien de s’élever enfin contre un abus qui se renforce, & alors on crie à l’innovation. Je défie que,