Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/414

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Mettons un moment en parallèle les deux partis, pour juger duquel l’activité est le plus à craindre, & où doit être placé le droit négatif pour modérer cette activité.

D’un côté je vois un Peuple très-peu nombreux, paisible & froid, composé d’hommes laborieux, amateurs du gain, soumis pour leur propre intérêt aux Loix & à leurs Ministres, tout occupés de leur négoce ou de leurs métiers ; tous, égaux par leurs droits & peu distingués par la fortune, n’ont entre eux ni chefs ni cliens ; tous, tenus par leur commerce, par leur état, par leurs biens, dans une grande dépendance du Magistrat, ont à le ménager ; tous craignent de lui déplaire ; s’ils veulent se mêler des affaires publiques, c’est toujours au préjudice des leurs. Distraits d’un côté par des objets plus intéressans pour leurs familles ; de l’autre, arrêtés par des considérations de prudence, par l’expérience de tous les tems, lui leur apprend combien dans un aussi petit Etat que le vôtre, où tout particulier est incessamment sous les yeux du Conseil, il est dangereux de l’offenser, ils sont portés par les raisons les plus fortes à tout sacrifier à la paix : car c’est par elle seule qu’ils peuvent prospérer ; & dans cet état de choses, chacun, trompé par son intérêt privé, aime encore mieux être protégé que libre, & fait sa cour pour faire son bien.

De l’autre côté je vois dans une petite Ville, dont les affaires sont au fond très-peu de chose, un Corps de Magistrats indépendant & perpétuel, presque oisif par état, faire sa principale occupation d’un intérêt très-grand & très-naturel pour ceux qui commandent, c’est d’accroître incessamment