Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/435

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de Geneve, entraînée par une autorité d’un si grand poids, ne se livrera-t-elle point à des idées aux-quelles elle n’a déjà que trop de penchant ? Combien, depuis la publication de ce volume, de jeunes Genevois, d’ailleurs bons Citoyens, n’attendent - ils que le moment de favoriser l’établissement d’un théâtre, croyant rendre un service à la patrie & presque au genre-humain ? Voilà le sujet de mes alarmes, voilà le mal que je voudrois prévenir. Je rends justice aux intentions de M. d’Alembert, j’espere qu’il voudra bien la rendre aux miennes : je n’ai pas plus d’envie de lui déplaire que lui de nous nuire. Mais enfin, quand je me tromperois, ne dois-je pas agir, parler, selon ma conscience & mes lumieres ? Ai-je du me taire, L’ai-je pu, sans trahir mon devoir & ma patrie ?

Pour avoir droit de garder le silence en cette occasion, il faudroit que je n’eusse jamais pris la plume sur des sujets moins nécessaires. Douce obscurité qui fis trente ans mon bonheur, il faudroit avoir toujours su j’aimer ; il faudroit qu’on ignorât que j’ai eu quelques liaisons avec les Editeurs de l’Encyclopédie, que j’ai fourni. quelques articles à l’ouvrage, que mon nom se trouve avec ceux des auteurs ; il faudroit que mon zele pour mon pays fût moins connu, qu’on supposât l’article Geneve m’eut échappé, ou qu’on ne put