Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/458

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la perfection dont on les croit susceptibles, & qu’ils ne produisent les effets avantageux qu’on semble en attendre. Quand on supposeroit même cette perfection aussi grande qu’elle peut être, & le peuple aussi bien dispose qu’on voudra ; encore ces effets se réduiroient-ils à rien, faute de moyens pour les rendre sensibles. Je ne sache que trois sortes d’instrumens, à l’aide desquels on puisse agir sur les mœurs d’un peuple ; savoir, la force des loix, l’empire de l’opinion, & l’attrait du plaisir. Or les loix n’ont nul accès au Théatre, dont la moindre contrainte *

[*Les loix peuvent déterminer les sujets, la forme des Pieces, la maniere de les jouer ; mais elles ne sauroient forcer le public a s’y plaire. L’empereur Neron chantant au Théatre faisoit égorger ceux qui s’endormoient ; encore ne pouvoit-il tenir tout le monde éveillé, & peu s’en salut que le plaisir d’un court sommeil ne coûtât la vie à Vespasien. Nobles Acteurs de l’Opéra de Paris, ah, si vous eussiez joui de la puissance impériale, je ne gémirois pas maintenant d’avoir trop vécu !] feroit une peine & non pas un amusement. L’opinion n’en dépend point, puisqu’au lieu de faire la loi au public, le Théatre la reçoit de lui ; & quant au plaisir qu’on y peut prendre, tout son effet est de nous y ramener plus souvent.

Examinons s’il en peut avoir d’autres. Le Théatre, me dit-on, dirige comme il peut & doit l’être, rend la vertu aimable le vice odieux. Quoi donc ? avant qu’il y eut des Comédies n’aimoit-on point les gens de bien, ne haissoit-on point les mechans, & ces sentimens sont-ils plus foibles dans les lieux dépourvus de Spectacles ? Le Théatre rend la vertu aimable. Il opère un grand prodige de faire ce que la nature & la raison sont avant lui ! Les mechans sont