Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/470

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seul moyen d’arrêter son progrès : c’est d’employer lui ses propres armes. Il ne s’agit ni de raisonner ni de convaincre ; il faut laisser-là la philosophie, fermer les livres prendre le glaive & punir les fourbes. De plus, je crains bien, par rapport à Mahomet, qu’aux yeux des Spectateurs, sa grandeur d’ame ne diminue beaucoup l’atrocité de ses crimes ; & qu’une pareille Piece, jouée devant des gens en état de choisir, ne fit plus de Mahomet que de Zopires. Ce qu’il y à, du moins, de bien sur, c’est que de pareils exemples ne sont gueres encourageans pour la vertu.

Le noir Atrée n’a aucune de ces excuses, l’horreur qu’il inspire est à pure perte ; il ne nous apprend rien qu’y frémir de son crime ; & quoiqu’il ne soit grand que par sa fureur, il n’y a pas dans toute la Piece un seul personnage en état par son caractere de partager avec lui l’attention publique : car, quant au doucereux Plisthene, je ne sais comment on l’a pu supporter dans une pareille Tragédie. Seneque n’a point mis d’amour dans la sienne, & puisque l’Auteur moderne a pu se résoudre à l’imiter dans tout le reste, il auroit bien du l’imiter encore en cela. Assurément il faut avoir un bien flexibles pour souffrir des entretiens galans à cote des scenes d’Atrée.

Avant de finir sur cette Piece, je ne puis m’empêcher d’y remarquer un mérite qui semblera peut-être un défaut à bien des gens. Le rôle de Thyeste est peut-être de tous ceux qu’on a mis sur notre Théâtre le plus sentant le goût antique. Ce n’est point un héros courageux, ce n’est point un modele de vertu, on ne peut pas dire non plus que ce soit un