Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/487

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parties, & ne voir que l’ordre & la loi. Or je dis qu’engager un Juge a faire une mauvaise action, c’est la faire soi-même ; & qu’il vaut mieux perdre une cause juste que de faire une mauvaise action. Cela est clair, net, il n’y a rien à répondre. La morale du monde a d’autres maximes, je ne l’ignore. Il me suffit de montrer que, dans tout ce qui rendoit le Misanthrope si ridicule, il ne faisoit que le devoir d’un homme bien ; & que son caractere étoit mal rempli d’avance, si son ami supposoit qu’il put y manquer.

Si quelquefois l’habile Auteur laisse agir ce caractere dans toute sa force, c’est seulement quand cette force rend la Scene plus théâtral, & produit un comique de contraste ou de situation plus sensible. Telle est, par exemple, l’humeur taciturne & silencieuse d’Alceste, & ensuite la censure intrépide & vivement apostrophée de la conversation chez la Coquette.

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de Cour.

Ici l’Auteur a marque fortement la distinction du Médisant & du Misanthrope. Celui-ci, dans son fiel âcre & mordant, abhorre la calomnie & déteste la satire. Ce sont les vices publics, ce sont les mechans en général qu’il attaque. La basse & secrete médisance est indigne de lui, il la méprise & la dans les autres ; & quand il dit du mal de quelqu’un, il commence par le lui dire en face. Aussi, durant toute la Piece, ne fait-il nulle part plus d’effet que dans cette Scene : parce qu’il est la ce qu’il doit être & que, s’il fait rire le Parterre, les honnêtes gens ne rougissent pas d’avoir ri.

Mais en général, on ne peut nier que, si le Misanthrope