Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/489

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pour être honnête - homme, il suffit de n’être pas un franc scélérat.

J’aurois trop d’avantage, si je voulois passer de l’examen de Moliere à celui de ses successeurs, qui, n’ayant ni son génie, ni sa probité, n’en ont que mieux suivi ses vues intéressées, en s’attachant à flatter une jeunesse débauchée & des femmes sans mœurs. Ce sont eux qui les premiers ont introduit ces grossiers équivoques, non moins proscrites par le goût que par l’honnêteté ; qui firent long- tems l’amusement des mauvaises compagnies, l’embarras des personnes modestes, & dont le meilleur ton, lent dans ses progrès, n’a pas encore purifie certaines provinces. D’autres Auteurs, plus réserves dans leurs saillies, laissant les premiers amuser les femmes perdues, se chargeront d’encourager les filoux. Regnard un des moins libres, n’est pas le moins dangereux. C’est une chose incroyable qu’avec l’agrément de la Police, on joue publiquement au milieu de Paris une Comédie, ou, dans l’appartement d’un oncle qu’on vient de voir expirer, son neveu, l’honnête- homme de la Piece, s’occupe avec son digne cortege, de soins que les loix paient de la corde ; & qu’au lieu des larmes que la seule humanité fait verser en pareil cas aux indifferens mêmes, on étage, à l’envi, de plaisanteries barbares le triste appareil de la mort. Les droits ses plus sacres, les plus touchans sentimens de la Nature, sont joues dans cette odieuse Scene. Les tours les plus punissables y sont rassembles comme à plaisir, avec un enjouement qui fait passer tout cela pour des gentillesses. Faux-acte, supposition, vol, fourberie, mensonge, inhumanité, tout y