Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/51

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Mon sentiment est donc que l’esprit de l’homme, sans progrès, sans instruction, sans culture, & tel qu’il sort des mains de la nature, n’est pas en état de s’élever de lui-même aux sublimes notions de la divinité ; mais que ces notions se présentent à nous à mesure que notre esprit se cultive ; qu’aux yeux de tout homme qui a pensé, qui a réfléchi, Dieu se manifeste dans ses ouvrages ; qu’il se réve le aux gens éclairés dans le spectacle de la nature ; qu’il faut, quand on a les yeux ouverts, les fermer pour ne l’y pas voir ; que tout philosophe athée est un raisonneur de mauvaise foi, ou que son orgueil aveugle ; mais qu’aussi tel homme stupide & grossier, quoique simple & vrai, tel esprit sans erreur & sans vice, peut, par une ignorance involontaire, ne pas remonter à l’Auteur de son être, & ne pas concevoir ce que c’est que Dieu, sans que cette ignorance le rende punissable d’un défaut auquel son cœur n’a point consenti. Celui-ci n’est pas éclairé, & l’autre refuse de l’être : cela me paroît fort différent.

Appliquez à ce sentiment votre passage de Saint Paul, & vous verrez qu’au-lieu de le combattre, il le favorise ; vous verrez que ce passage tombe uniquement sur ces sages prétendus à qui ce qui peut être connu de Dieu a été manifesté, à qui la considération des choses qui ont été faites dès la création du monde, a rendu visible ce qui est invisible en Dieu, mais qui ne l’ayant point glorifié & ne lui ayant point rendu graces, se sont perdus dans la vanité de leur raisonnement, &, ainsi demeurés sans excuse, en se disant sages, sont devenus foux. La raison sur laquelle l’Apôtre reproche aux philosophes de n’avoir pas glorifié le vrai Dieu, n’étant point