Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/514

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par une conséquence évidente, comment un Peuple aise, mais qui doit son bien-être à son industrie, changeant la réalité contre l’apparence, se ruine à l’instant qu’il veut briller.

Au-reste, il ne faut point se récrier contre la chimère de ma supposition ; je lie la donne que pour telle veux, que rendre sensibles du plus au moins ses suites inévitables. Otez quelques circonstances, vous retrouverez ailleurs d’autres Montagnons, & mutatis mutandis, l’exemple à son application.

Ainsi quand il seroit vrai que les Spectacles ne sont mauvais en eux-mêmes, on auroit toujours à chercher s’ils ne le deviendroient point à l’égard du Peuple auquel on les destine. En certains lieux, ils seront utiles pour attirer, les étrangers ; pour augmenter la circulation des especes ; pour exciter les Artistes ; pour varier les modes ; pour occuper les gens trop riches nu aspirant à l’être ; pour les rendre moins malfaisans ; pour distraire le Peuple de ses miseres ; pour lui faire oublier ses chefs en voyant ses baladins ; pour maintenir de perfectionner le goût quand l’honnêteté est perdue ; pour couvrir d’un vernis de procédés la laideur du vice ; pour empêcher, en un mot, que les mauvaises mœurs ne dégénerent en brigandage. En d’autres lieux, ils ne serviroient qu’a détruire l’amour du travail ; à décourager l’industrie ; à ruiner les particuliers ; à leur inspirer le goût de l’oisiveté ; à leur faire chercher les moyens de subsister sans rien faire : à rendre un Peuple inactif & lâche ; à l’empêcher de voir les objets publics & particuliers dont il doit