Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/527

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


plus simples. Un des infaillibles effets d’un Théâtre établi dans une aussi petite ville que la notre, sera de changer nos maximes, ou si l’on veut, nos préjuges & nos opinions publiques ; ce qui changera nécessairement nos mœurs contre d’autres, meilleures ou pires, je n’en dis rien encore, mais surement moins convenables à notre constitution. Je demande, Monsieur, par quelles loix efficaces vous remédierez à cela ? Si le gouvernement peut beaucoup, sur les mœurs, c’est seulement par son institution primitive : quand une fois il les a déterminées, non-seulement il n’a plus le pouvoir de les changer, à moins qu’il ne change, il a même bien de la peine à les maintenir contre les accidens inévitables qui les attaquent, & contre la pente naturelle qui les altere. Les opinions publiques, quoique si difficiles à gouverner, sont pourtant par elles-mêmes très-mobiles & changeantes. Le hazard, mille causes fortuites, mille circonstances imprévues sont ce que la force & la raison ne sauroient faire ; ou plutôt, c’est précieusement parce que le hazard les dirige, que la. force n’y peut rien : comme les des qui partent de la main, quelque impulsion qu’on leur donne, n’en amènent pas plus aisément le point désire.

Tout ce que la sagesse humaine peut faire, est de prévenir les changemens, d’arrêter de loin tout ce qui les amene. ; mais si-tôt qu’on les souffre & qu’on les autorise, on est rarement maître de leurs effets, & l’on ne peut jamais se répondre de l’être. Comment donc préviendrons - nous ceux dont nous aurons volontairement introduit la cause ? À l’imitation de l’établissement dont je viens de parler, nous proposerez-vous