Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/530

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il faut leur chercher une cause universelle, & je ne vois pas qu’on la puisse trouver ailleurs que dans la profession même à laquelle ils se rapportent. À cela vous répondez que les Comédiens ne se rendent méprisables que parce qu’on les méprise : mais pourquoi les eût-on méprisés s’ils n’eussent été méprisables ? Pourquoi penseroit-on plus mal de leur etat que des autres, s’il n’avoit rien que l’en distingât ? Voilà ce qu’il faudroit examiner, peut-être, avant de les justifier aux dépens du public.

Je pourrois imputer ces préjugés aux déclamations des Prêtres, si je ne les trouvois établis chez les Romains avant la naissance du Christianisme, &, non-seulement courans vaguement dans l’esprit du Peuple, mais autorisés par des loix expresses qui déclaroient les Acteurs infâmes, leur ôtoient le titre & les droits de Citoyens Romains, & mettoient les Actrices au rang des prostituées. Ici toute autre raison manque, hors celle qui se tire de la nature de la chose. Les Prêtres paÏens & les dévots, plus favorables que contraires à des Spectacles qui faisoient partie des jeux consacres à la Religion,*

[*Tite-Live dit que les jeux scéniques furent introduits à Rome l’an 390 à l’occasion d’une peste qu’il s’agissoit d’y faire cesser. Aujourd’hui l’on fermeroit les Théâtres pour le même sujet & surement cela seroit plus raisonnable.] n’avoient aucun intérêt à les décrier, & ne les décrioient pas en effet. Cependant, on pouvoit des-lors se récrier, comme vous faites, sur l’inconséquence de déshonorer des gens qu’on protege, qu’on paye, qu’on pensionne ; ce qui, à vrai dire, ne me paroît pas si étrange qu’à vous :