Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/539

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hommes c’est déjà s’en laisser corrompre, & que toute femme qui se montre se déshonore : à l’instant va s’élever contre moi cette philosophie d’un jour qui naît & meurt dans le coin d’une grande ville, & veut étouffer de-la le cri de la Nature & la voix unanime du genre-humain.

Préjuges populaires ! me crie-t-on. Petites erreurs de l’enfance ! Tromperie des loix & de l’éducation ! La pudeur n’est rien. Elle n’est qu’une invention des loix sociales pour mettre à couvert les droits des peres & des epoux, & maintenir quelque ordre dans les familles. Pourquoi rougirions-nous des besoins que nous donna la Nature ? Pourquoi trouverions-nous un motif de honte dans un acte aussi indifférent en soi, & aussi utile dans ses effets que celui qui concourt a perpétuer l’espece ? Pourquoi, les desirs étant égaux des deux parts, les démonstrations en seroient-elles différentes ? Pourquoi l’un des sexes se refuseroit-il plus que l’autre aux penchans qui leur sont communs ? Pourquoi l’homme auroit-il sur ce point d’autres loix que les animaux ?

Tes pourquoi, dit le Dieu, ne finiroient jamais.

Mais n’est pas a l’homme, c’est a son, Auteur qu’il les faut adresser. N’est-il pas plaisant qu’il faille dire pourquoi j’ai honte d’un sentiment naturel, si cette honte ne m’est pas moins naturelle que ce sentiment même ? Autant vaudroit me demander aussi pourquoi j’ai ce sentiment. Est-ce à moi de rendre compte de ce qu’à fait la Nature ? Par cette maniere de raisonner, ceux qui ne voient pas pourquoi l’homme est existant, devroient nier qu’il existe.