Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/546

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


elle est commune à tous les Peuples du monde ; partout on considère les femmes à proportion de leur modestie ; par-tout on est convaincu qu’en négligeant les manieres de leur sexe, elles en négligent les devoirs ; par-tout on voit qu’alors tournant en effronterie la mâle & ferme assurance de l’homme, elles s’avilissent par cette odieuse imitation, & déshonorent à la fois leur sexe & le notre.

Je sais qu’il regne en quelques pays des coutumes contraires ; mais voyez aussi quelles murs elles ont fait naître ! Je ne voudrois pas d’autre exemple pour confirmer mes maximes. Appliquons aux mœurs des femmes ce que j’ai dit ci-devant de l’honneur qu’on leur porte. Chez tous les anciens Peuples polices elles vivoient très-renfermées ; elles se montroient rarement en public ; jamais avec des hommes, elles ne se promenoient point avec eux ; elles n’avoient point meilleure place au Spectacle, elles ne s’y mettoient point en montre ;*

[*Au Théâtre d’Athenes les femmes occupoient une Galerie haute appelée Cercis, peu commode pour voir & pour être vues ; mais il par l’aventure de Valerie & de Sylla qu’au Cirque de Rome, elles etoient mêlées avec les hommes.] il ne leur étoit pas même permis d’assister à tous, & l’on fait qu’il y avoit peine de mort contre celles qui s’oseroient montrer aux Jeux Olympiques.

Dans la maison, elles avoient un appartement particulier où les hommes n’entroient point. Quand leurs maris donnoient à manger, elles se presentoient rarement à table ; les honnêtes femmes en sortoient avant la fin du repas, & les autres n’y paroissoient point au commencement. Il n’y