Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/590

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à le remplir toujours du son génie, & à vivre autant que ses Pieces.

Je serois d’avis qu’on pesât mûrement toutes ces réflexions, avant de mettre en ligne de compte le goût de parure & de dissipation que doit produire parmi notre jeunesse l’exemple des Comédiens ; mais enfin cet exemple aura son effet encore, & si généralement par-tout les loix sont insuffisantes pour réprimer des vices qui naissent de la nature des choses, comme je crois l’avoir montre, combien plus le seront-elles parmi nous où le premier signe de leur foiblesse sera l’établissement des Comédiens ? Car ce ne seront point eux proprement qui auront introduit ce goût de dissipation : au contraire, ce même goût les aura prévenus, les aura introduits eux-mêmes, & ils ne seront que fortifier un penchant déjà tout forme, qui, les ayant fait admettre, à plus forte raison les sera maintenir avec leurs défauts. Je m’appuie toujours sur la supposition qu’ils subsisteront commodément dans une aussi petite ville, & je dis que si nous les honorons, comme vous le prétendez, dans un pays où tous sont à-peu-près égaux, ils seront les égaux de tout le monde, & auront de plus la faveur publique qui leur est naturellement acquise. Ils ne seront point, comme ailleurs, tenus en respect par les grands dont ils recherchent la bienveillance & dont ils craignent la disgrâce. Les Magistrats leur en imposeront : soit. Mais ces Magistrats auront été particuliers ; ils auront pu, être familiers avec eux, ils auront des enfans qui le seront encore, des femmes qui aimeront le plaisir. Toutes ces liaisons seront des moyens d’indulgence &