Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/60

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n’a pas besoin de raisonner ; il n’y a pour elle ni prémisses, ni conséquences, il n’y a pas même de proposition ; elle est purement intuitive, elle voit également tout ce qui est & tout ce qui peut être ; toutes les vérités ne sont pour elle qu’une seule idée, comme tous les lieux un seul point, & tous les tems un seul moment. La puissance humaine agit par des moyens, la puissance divine agit par elle-même : Dieu peut parce qu’il veut, sa volonté fait son pouvoir. Dieu est bon, rien n’est plus manifeste ; mais la bonté dans l’homme est l’amour de ses semblables, & la bonté de Dieu est l’amour de l’ordre ;car c’est par l’ordre qu’il maintient ce qui existe, & lie chaque partie avec le tout. Dieu est juste, j’en suis convaincu ; c’est une suite de sa bonté : l’injustice des hommes est leur œuvre & non pas la sienne ;le désordre moral qui dépose contre la providence aux yeux des philosophes, ne fait que la démontrer aux miens. Mais la justice de l’homme est de rendre à chacun ce qui lui appartient, & la justice de Dieu de demander compte à chacun de ce qu’il lui a donné."

"Que si je viens à découvrir successivement ces attributs dont je n’ai nulle idée absolue, c’est par des conséquences forcées, c’est par le bon usage de ma raison : mais je les affirme sans les comprendre ; & dans le fond, c’est n’affirmer rien. J’ai beau me dire, Dieu est ainsi : je le sens, je me le prouve ; je n’en conçois pas mieux comment Dieu peut être ainsi."

"Enfin plus je m’efforce de contempler son essence infinie, moins je la conçois ;mais elle est, cela me suffit ;